De tous les romans écrits par Ernest Hemingway, nombreux sont les oubliés. « En avoir ou pas » fait partie de ce dysfonctionnement de notre mémoire, à tort.
L’histoire semble banale, sans grand intérêt. Harry, bonhomme sans passé, vit à Cuba avec son épouse, une putain respectable. Son boulot consiste à faire passer des types louches de l’autre côté de la baie, vers Miami et le rêve américain. A bord de son bateau, Harry voyage, seul ou entouré, sans transcendance aucune, tant pour lui que pour le lecteur.
Mes amis ! Quelle insulte au génie d’Ernest ! On se fout de sa gueule là ou quoi ? Pas transcendant ? Si dans toute l’histoire de la littérature on a pu jamais lister des écrivains audacieux, remueurs, transcendants, il ne fait aucun doute qu’Hemingway en fait partie. Les foutriquets des belles lettres ne nous en compterons pas fleurettes, lire Hemingway c’est haleter, suffoquer d’aventures, c’est vivre une expérience.
Or, « En avoir ou pas » fait partie de ses bouquins géniaux, ceux qui vous transportent sans que vous vous en rendiez compte.
Petit à petit, on glisse dans la vie d’Harry, et on se retrouve immergé complètement dans le banditisme côtier, dans la contre bande organisée. Génial.
Balancés entre les bistrots bruyants, enfumés, puant l’alcool et le rire salace, entre les docks du port et ses odeurs de poisson dégueulasses, ses putes échouées et vulgaires, on nage dans un ancien temps, un de ceux qu’on a pas connu et qu’on aurait tant voulu toucher de ses propres doigts. C’est ce que j’adore dans les bouquins d’Hemingway.
Ca et autre chose.
Cette autre chose est cette humanité dévorante, débordante et vivante qui émane de ces œuvres. « Le vieil homme et la mer » est sans doute le meilleur exemple (voir article dans ce blog).
Mais « En avoir ou pas » n’est pas en reste d’humanité et de vie. On parle ici de courage. De vertu. De dépassement de soi. D’en avoir ou pas. Rassurez-vous mesdames, beaucoup d’entre vous en ont plus que certains balourds de ma connaissance.
Ode au courage et à la volonté, au combat que nous offre la vie, « En avoir ou pas » devrait être mis dans les mains de tous ces jeunes perdus dans leur matérialisme immuable, de tous ces fesses mathieux sans foi ni loi, et devrait même être proposé au collège. Cela aurait au moins le mérite de détourner notre jeunesse « nouvelles technologies » de ses écrans habituels, et lui donnerait un aperçu de ce qu’est la vie.
Du moins ce qu’était la vie, fut un temps. Exemple de courage et de foi, « En avoir ou pas » est un livre génial.
Julien Gracq est un écrivain à part. Ses livres le sont, évidemment, aussi. Celui qui nous intéresse aujourd’hui est son troisième roman « Le rivage des Syrtes ». Paru en 1951, aux éditions José Corti (son seul et unique éditeur, si l’on excepte Gallimard qui publia les œuvres de Julien Gracq dans la collection La Pléiade), ce roman eut la particularité de recevoir le prix Goncourt l’année de sa parution. Particularité non des moindres, puisque son auteur refusa le dit prix, ce qui était une première dans le monde confiné des prestigieux prix littéraires (le même monde confiné qui refusa de donner son obole au Voyage au bout de la nuit de Céline vingt ans plus tôt). Gracq avait pourtant prévenu et ce, avant même que son livre soit choisit. 
