Les loges des livres

26 novembre 2008

On n’est pas là pour être ici…

Les "rapetous" à l'époque du Club Athlétique de Bègles Bordeaux …où le dictionnaire absurde du rugby. Franchement rugby. Et franchement absurde !

Serge Simon, médecin de son état, a transformé l’essai. Ce consultant sportif converti, s’est même lancé en politique peut être pour continuer de se comporter comme un « Rapetou »… Si Moscato et Grimbert, ses deux acolytes de la première ligne Béglaise des années 90, savaient ça…

Pour l’heure le pilier deux fois champion de France nous livre un petit condensé de ce que le rugby a de meilleur : la prose ! De la grande littérature nous attend dans ce dictionnaire paru aux éditions Prolongations. Des vestiaires aux tribunes en passant par les bords de touche et bien sur l’incontournable mêlée, tout est passé au crible avec une plume aiguisée comme un plaquage formidable.

C’est ainsi que l’on apprend, au détour d’une définition, que le pilier gauche est le « pilier le plus adroit de la mêlée » ou encore qu’un président de club est un « commerçant qui a été refusé au Rotary ».

Ces définitions d’une clairvoyance lumineuse ne manquent pas de nous faire rire, mais aussi de nous faire réfléchir. Voyez un peu : « Le Stade Toulousain est le club qui a inventé le concept des types qui ont inventé le concept des types qui ont inventé le rugby ». Simple, mais il fallait y penser.

Et la palme pour les Anglais, sans lesquels les moqueries autour du ballon ovale n’auraient pas de sens : «  Ce peuple visionnaire qui un jour eut le génie d’inventer le rugby, et la grandeur d’âme de l’offrir au reste de la planète. A ce titre, le monde entier lui est éternellement reconnaissant. Synonyme : Les rosbeefs. Exemple : Les Anglais faut les crever ! ».

Rappelez vous, on n’est pas là pour être ici, ce ne sont pas les Anglais qui vont nous contredire…

19 novembre 2008

En attendant Godot

Première édition, 1953A quoi s’attendre ? Que nous réserve l’inconnu ? Qui est ce Godot ? Que faisons-nous en ce bas monde ?  

Voici différentes questions que nous pose Samuel Beckett dans son excellent “En attendant Godot“. Estragon et Vladimir, eux, l’attendent avec impatience ce Godot. Et nous aussi d’ailleurs. Mystérieux autant qu’imprévisible, ce dernier peine à se montrer, au grand dam des deux pauvres diables qui l’attendent. Décor étrangement inamovible, personnages bizarrement inactifs, cette pièce de théâtre (la plus célèbre de Beckett), nous entraine dans un univers inclassable, haut en couleurs, avec des dialogues superbes que Beckett sait magistralement mettre en scène. A coup sûr, cette pièce est une des plus drôle du paysage littéraire européen, et l’avoir lue est sans conteste un service que l’on se rend à soi-même, tant l’évasion à la Beckett n’a pas d’égal.

Plonger dans un univers hors normes, s’esclaffer au devant de personnages qui valent bien leur pesant de ridicule, dévorer des pages parce que c’est juste génial, c’est tout ça que nous propose Samuel Beckett dans ce monument d’ humour et de théâtre, dans ce chef d’œuvre formidable.

“En attendant Godot” ne vous laissera pas de marbre, et même l’esprit critique le plus aigu ne pourra que se détendre à la lecture de cette pièce. Ajoutons que le ram dam qu’a suscité la sortie de la pièce fut telle, que les gens se déplaçaient au théâtre rien que pour assister au scandale de cette pièce que l’on conspuait et que l’on huait.

Il est loin où l’on pouvait encore lancer des tomates à la tête des mauvais acteurs, mais vous pouvez vous faire votre propre opinion de ce que l’année 1953 a sorti de mieux en littérature, en lisant  En attendant Godot. Sublime, un point c’est tout.

4 novembre 2008

Trouble dans les andains

Boris Vian

Troublant. Oui madame, oui monsieur, le premier roman de Boris Vian est troublant. Paru en 1966, ce premier opus allait valoir à l’écrivain sa renommée dans les sphères fermées de la littérature. Son style y est mis en place, soigneusement, avec cette aisance qu’on imagine. Parce que Boris Vian ne force pas son talent, parce qu’il écrit ce qu’il est, voila pourquoi. «  Trouble dans les andains » apparaît ainsi comme une réussite pour certains, comme la preuve d’un nouveau génie littéraire, mais peut paraître difficile d’accès pour un quidam de passage dans une bibliothèque. Car ce n’est que par l’amour des mots, leur mise en situation, leur simplicité et leur usage que Boris Vian nous emmène au bout de son roman. Il ne faut pas y chercher une histoire avec un héros, auquel il arrive toutes sortes d’aventures. Non madame, non monsieur. Boris Vian vous remercie de votre intérêt pour son livre, mais ne vous donne pas raison pour autant. C’est comme si Vian avait écrit un livre pour lui, s’était raconté une histoire. Vous ne le ferez pas écrire pour vous. Au contraire, il vous emmènera (ou non) dans son univers bien à lui. A lire « Trouble dans les andains », on ne gagne ni ne perd rien. C’est juste un moment de littérature qu’on aime ou qu’on déteste, mais ce n’est rien d’autre. C’est une histoire loufoque, étrange et drôle, qui n’existe nulle part ailleurs. Un ami à qui j’ai fait lire ce livre, me l’a rendu se targuant d’un « excellent ton bouquin », alors qu’un autre m’a confessé ne pas avoir dépassé le tiers du « torchon » que je lui avais prêté.
Alors pour se faire une idée par soi même et entrer dans le monde de Boris Vian, alias Vernon Sullivan, pour essayer d’y voir plus clair dans son œuvre, jetons un œil au premier roman de l’écrivain « Trouble dans les andains » et savourons les mots, rien que les mots.

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