Les loges des livres

19 novembre 2008

La bibliothèque du géographe

CouvertureDécevant. C’est le premier mot qui nous vient pour parler de ce livre de Jon Fasman. Nul, c’est le second.

Pourtant tout commence bien. Titre alléchant, style semble t-il fluide et entraînant, bref on croit être sur le point de passer un agréable moment littéraire. Mais il n’en est rien, au lieu de se délecter on s’ennuie. On perd même presque son temps. Du moins, on aurait pu l’employer à autre chose. A un autre livre par exemple. 

Paul Tomm, journaliste débutant d’une petite ville du Connecticut est confronté au meurtre de Jaan Pühapäev, professeur d’histoire à l’université d’une bourgade du coin. Dès lors, le petit journaliste tourmenté par sa vie, son œuvre, etc. va rencontrer des personnages tous plus clichés les uns que les autres. Du flic crocheteur de serrures, buveur de bières, roteur et vulgaire, au rédacteur en chef fumeur et buveur de café, solidement installé sur son siège de bureau, les pieds sur la table, en passant par la jeune et jolie professeur de musique du collège, pieuse et mystérieuse, on se lasse rapidement.

De nos jours, les Etats-Unis ne suscitent pas l’admiration de tous, et ce, du fait de ses trop nombreux clichés. Une occasion de se réconcilier avec la plus grande puissance du monde est manquée grâce à ce livre sans intérêt. Et ce ne sont pas les 470 pages rassurantes, les passages historiques, voire didactiques qui nous feront changer d’avis. Du géographe arabe au tueur de l’ex-URSS, des Lords anglais aux voleurs de bijoux estoniens, la liste est longue et décevante de mauvais clichés. Inclure des histoires sombres et sordides de ressortissants de l’ex-URSS ne change pas la physionomie d’un roman. Elle l’enfonce au contraire. Une plume trop mal organisée, un peu cafouilleuse, renforce l’impression de déception de ce roman, pas franchement indispensable de se procurer pour un renforcement quelconque de bibliothèque. A moins que vous ne soyez géographe, et là on ne pourra pas vous vouloir. On vous avait dit que le titre était alléchant…

4 novembre 2008

Voyage au bout de la nuit

 

Jacques Tardi, illustrateur du Voyage au bout de la nuit

 Vous le connaissez vous Bardamu ? Non ? Et bien rassurez vous, vous pouvez encore le rencontrer, en lisant le chef d’oeuvre de L.F Céline, Voyage au bout de la nuit.

Bardamu est un anti-héros qui saura néanmoins vous emmener jusqu’au bout du voyage. Il voyage, Bardamu, certes, mais sans ticket. Et il va vite. Pénétrer dans son univers n’est donc pas chose facile. Il nous emmène loin, si loin qu’on est de moins en moins sûr de revenir indemne au fur et à mesure que les pages défilent. De l’Afrique à New York, des conquêtes féminines aux coups bas, Bardamu nous fait rêver, car il représente notre condition réelle et honteuse à la fois. Et ne parlons pas des polémiques diverses et variées qui ont fait de Céline le plus célèbre des écrivains antisémites de l’histoire de la littérature française ! Cessons de nous attacher aux faits divers de l’homme et intéressons nous à son livre qui, rappelez vous, a manqué le prestigieux (?) prix Goncourt en 1936. Les spécialistes se font d’ailleurs un plaisir de rappeler qu’on ne se souvient pas du livre lauréat, tant le Voyage au bout de la nuit était pressenti comme le grand gagnant. Et il y a bien une raison à cela. Le “Voyage”, apparaît comme une oeuvre décalée dans l’histoire de la littérature, car son auteur l’a doté d’un style neuf, propre et unique à la fois.

Pour s’en rendre compte, il faut avoir lu le premier roman de Monsieur L.F Céline, génie parmi les génies, esthète littéraire de premier ordre, écrivain contesté et adulé par ses pairs. Plonger dans le Voyage au bout de la nuit, c’est ne pas être sûr de revoir le jour, et c’est bien cela la particularité d’une oeuvre littéraire, c’est qu’elle ne laisse pas indemne.

 

Erasme, grandeur et décadence d’une idée

ErasmeOn ne soupçonne peut être pas assez quel génie littéraire était Stefan Zweig, auteur réputé pour ”Le joueur d’échecs”, ” La confusion des sentiments ”, ou encore ” Amok”. Mais on sait aussi qu’il avait de grands talents de biographe. Celle d’Amerigo Vespucci en est une preuve, celle d’Erasme en est l’évidence. Erasme que l’on connaît plus de nos jours à cause du système d’échanges étudiants européens ”Erasmus”, devient le temps d’une biographie, un être fascinant dans une époque fascinante. Véritable pont entre le XV° et le XVI° siècle, Erasme est trop souvent considéré comme un humaniste parmi les autres. Et pourtant, Zweig nous démontre au cours des 185 pages de sa biographie qu’Erasme n’était pas seulement un grand humaniste, mais un de ces précurseurs que le monde a eu la chance d’enfanter un jour. Un de ces hommes qui au-delà des connaissances, des croyances et des règles sociales, eu l’audace et le courage de proposer plus, de chercher plus, et de découvrir plus. Tel un Galilée ou un Léonard de Vinci, Erasme a marqué son temps et son époque comme nul autre. Homme de lettres averti, voyageur déconcertant, passionné incorrigible, Erasme fut un exemple d’érudition et de droiture pour des Spinoza ou des Voltaire qui ne niaient pas l’avoir comme père spirituel. Et Zweig dans tout ça ? Il faut savoir qu’à l’époque de la parution de cette biographie en 1935, l’Europe est confrontée aux montées des totalitarismes qui la mèneront vers la guerre. Le parallèle est clair : Zweig l’autrichien nous expose ses peurs et ses doutes à travers l’écriture de la vie de celui qui fut considéré comme le premier européen. Zweig nous apparaît ainsi, médiateur et visionnaire comme l’eut été son maître à penser, Erasme. Pas seulement une ode à un homme, cette biographie (comme toutes les biographies de Stefan Zweig) vise plus loin, cherche autre chose. Et trouve.

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