Les loges des livres

10 juillet 2009

Mort à crédit

Classé dans : Roman — marclamoureux @ 1:37
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Mort à créditIl aura fallu trois années au docteur Destouches, alias Louis Ferdinand Céline pour achever l’écriture de Mort à Crédit, troisième publication de l’auteur. Ce long roman, difficile d’accès, laborieux, mais toutefois irrésistible et léger, est une œuvre incontournable de Céline. Incontournable dans l’étude biographique de l’écrivain. Partant de son enfance, Céline nous raconte les événements de sa vie familiale, de son adolescence, de ses déboires innombrables et de ses péripéties rocambolesques. Car de la péripétie, on en trouve, du rocambolesque aussi ! Et de l’exagération ! N’en parlons pas ! Tant d’exagération nous fait rire, nous transporte. On rit beaucoup à la lecture de ce roman pourtant austère au demeurant. L’histoire n’a rien d’entrainant, d’excitant, elle se faufile au contraire dans les méandres des débuts du siècle dernier et en démontre les faits d’un quotidien rugueux. Du nid familial au « Génitrion », en passant par l’Angleterre et sa langue fastidieuse, le jeune Ferdinand nous fait découvrir la bassesse des hommes qu’il fréquente et les coups que le sort lui fait subir.

Ce long roman de Céline, que l’écrivain a interdit de lecture à sa mère, le place dans la lignée du Voyage au bout de la nuit et, malgré une critique frileuse, des grands écrivains français. Quoi qu’on en dise, Céline surclasse de loin les tristes parutions de notre début de XXI° siècle, tant ses histoires sont poussées, fouillées, auscultées… on comprend mieux les trois ans dont il aura eu besoin pour achever son deuxième roman. Une leçon peut être pour les Lévy, Musseau & co qui nous pondent un bouquin par week end…

9 décembre 2008

Semmelweis

Couverture

Avant de devenir l’écrivain décrié et adulé que l’on sait, Louis-Ferdinand Céline avait un autre travail : médecin. Le docteur Destouches (de son vrai nom) est moins connu que son double Céline. Alors pour ceux qui ne s’arrêtent pas aux critiques admises sur l’écrivain, il reste à découvrir beaucoup.

Comme cette thèse de doctorat présentée en 1924 à la faculté de médecine de Paris, parue sous le titre « Semmelweis ». Certes, ce texte reste comme étant l’un des premiers de l’auteur du « Voyage au bout de la nuit », ce qui lui confère une saveur toute particulière dans le paysage littéraire français. En effet, on ne lit pas Semmelweis par hasard. Il y a au moins deux raisons pour lire ce livre.

La première est que si l’on aime Céline, on découvrira dans ce texte de quoi satisfaire sa passion.

La seconde est que si l’on est passionné de médecine (disons médecin pour simplifier), il serait intéressant de ne pas passer à côté d’un homme comme ce Semmelweis.

Alors, me direz-vous, si l’on n’est pas médecin, si Céline nous laisse d’une indifférence sans pareille, qu’est ce que ce bouquin risque de nous apporter ?

Ma réponse serait celle-ci : rien de plus ni de moins qu’une autre lecture, si ce n’est qu’on suit avec attention les pas d’une médecine qui s’est construite dans une certaine douleur, et rien que ça, ça vaut le détour.

Car Semmelweis avait fait une découverte. Une découverte importante et qui allait révolutionner la médecine Hongroise et européenne de la fin du XIX° siècle. « La mortalité puerpérale, alors grande à cette époque, peut être fortement diminuée », nous dit Semmelweis, « voire stoppée, par… une désinfection soigneuse des mains avant attouchement ! ». Autrement dit, Semmelweis défendait l’idée que des mains propres chez le personnel soignant, réduisait considérablement les risques de mortalité chez la mère prête à mettre bas.

Cette découverte tombe sous le sens de nos jours, où l’hygiène maladive qui règne dans nos hôpitaux ferait passer pour un guignol ce Semmelweis et sa découverte.

De la même manière qu’on trouve cette découverte ridicule de nos jours, le monde médical de l’époque ne s’est pas gêné pour disqualifier ce « génie bizarre » et ne pas croire à sa théorie.

« Quand le monde a raison, c’est bien doux d’avoir tort », disait Bernard Dimey. Semmelweis avait doucement tort.

Et Céline, quant à lui, nous livre un premier texte fort, où quelques passages, brefs toutefois, laissent entrevoir un bel avenir littéraire à ce jeune étudiant.

La première phrase en est un bel exemple : « Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur ».

Deux heures plus loin, vous ne pourrez pas dire que vous avez perdu votre temps. Comme c’est souvent le cas avec Céline.

4 novembre 2008

Voyage au bout de la nuit

 

Jacques Tardi, illustrateur du Voyage au bout de la nuit

 Vous le connaissez vous Bardamu ? Non ? Et bien rassurez vous, vous pouvez encore le rencontrer, en lisant le chef d’oeuvre de L.F Céline, Voyage au bout de la nuit.

Bardamu est un anti-héros qui saura néanmoins vous emmener jusqu’au bout du voyage. Il voyage, Bardamu, certes, mais sans ticket. Et il va vite. Pénétrer dans son univers n’est donc pas chose facile. Il nous emmène loin, si loin qu’on est de moins en moins sûr de revenir indemne au fur et à mesure que les pages défilent. De l’Afrique à New York, des conquêtes féminines aux coups bas, Bardamu nous fait rêver, car il représente notre condition réelle et honteuse à la fois. Et ne parlons pas des polémiques diverses et variées qui ont fait de Céline le plus célèbre des écrivains antisémites de l’histoire de la littérature française ! Cessons de nous attacher aux faits divers de l’homme et intéressons nous à son livre qui, rappelez vous, a manqué le prestigieux (?) prix Goncourt en 1936. Les spécialistes se font d’ailleurs un plaisir de rappeler qu’on ne se souvient pas du livre lauréat, tant le Voyage au bout de la nuit était pressenti comme le grand gagnant. Et il y a bien une raison à cela. Le “Voyage”, apparaît comme une oeuvre décalée dans l’histoire de la littérature, car son auteur l’a doté d’un style neuf, propre et unique à la fois.

Pour s’en rendre compte, il faut avoir lu le premier roman de Monsieur L.F Céline, génie parmi les génies, esthète littéraire de premier ordre, écrivain contesté et adulé par ses pairs. Plonger dans le Voyage au bout de la nuit, c’est ne pas être sûr de revoir le jour, et c’est bien cela la particularité d’une oeuvre littéraire, c’est qu’elle ne laisse pas indemne.

 

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