Il aura fallu trois années au docteur Destouches, alias Louis Ferdinand Céline pour achever l’écriture de Mort à Crédit, troisième publication de l’auteur. Ce long roman, difficile d’accès, laborieux, mais toutefois irrésistible et léger, est une œuvre incontournable de Céline. Incontournable dans l’étude biographique de l’écrivain. Partant de son enfance, Céline nous raconte les événements de sa vie familiale, de son adolescence, de ses déboires innombrables et de ses péripéties rocambolesques. Car de la péripétie, on en trouve, du rocambolesque aussi ! Et de l’exagération ! N’en parlons pas ! Tant d’exagération nous fait rire, nous transporte. On rit beaucoup à la lecture de ce roman pourtant austère au demeurant. L’histoire n’a rien d’entrainant, d’excitant, elle se faufile au contraire dans les méandres des débuts du siècle dernier et en démontre les faits d’un quotidien rugueux. Du nid familial au « Génitrion », en passant par l’Angleterre et sa langue fastidieuse, le jeune Ferdinand nous fait découvrir la bassesse des hommes qu’il fréquente et les coups que le sort lui fait subir.
Ce long roman de Céline, que l’écrivain a interdit de lecture à sa mère, le place dans la lignée du Voyage au bout de la nuit et, malgré une critique frileuse, des grands écrivains français. Quoi qu’on en dise, Céline surclasse de loin les tristes parutions de notre début de XXI° siècle, tant ses histoires sont poussées, fouillées, auscultées… on comprend mieux les trois ans dont il aura eu besoin pour achever son deuxième roman. Une leçon peut être pour les Lévy, Musseau & co qui nous pondent un bouquin par week end…

