
Avant de devenir l’écrivain décrié et adulé que l’on sait, Louis-Ferdinand Céline avait un autre travail : médecin. Le docteur Destouches (de son vrai nom) est moins connu que son double Céline. Alors pour ceux qui ne s’arrêtent pas aux critiques admises sur l’écrivain, il reste à découvrir beaucoup.
Comme cette thèse de doctorat présentée en 1924 à la faculté de médecine de Paris, parue sous le titre « Semmelweis ». Certes, ce texte reste comme étant l’un des premiers de l’auteur du « Voyage au bout de la nuit », ce qui lui confère une saveur toute particulière dans le paysage littéraire français. En effet, on ne lit pas Semmelweis par hasard. Il y a au moins deux raisons pour lire ce livre.
La première est que si l’on aime Céline, on découvrira dans ce texte de quoi satisfaire sa passion.
La seconde est que si l’on est passionné de médecine (disons médecin pour simplifier), il serait intéressant de ne pas passer à côté d’un homme comme ce Semmelweis.
Alors, me direz-vous, si l’on n’est pas médecin, si Céline nous laisse d’une indifférence sans pareille, qu’est ce que ce bouquin risque de nous apporter ?
Ma réponse serait celle-ci : rien de plus ni de moins qu’une autre lecture, si ce n’est qu’on suit avec attention les pas d’une médecine qui s’est construite dans une certaine douleur, et rien que ça, ça vaut le détour.
Car Semmelweis avait fait une découverte. Une découverte importante et qui allait révolutionner la médecine Hongroise et européenne de la fin du XIX° siècle. « La mortalité puerpérale, alors grande à cette époque, peut être fortement diminuée », nous dit Semmelweis, « voire stoppée, par… une désinfection soigneuse des mains avant attouchement ! ». Autrement dit, Semmelweis défendait l’idée que des mains propres chez le personnel soignant, réduisait considérablement les risques de mortalité chez la mère prête à mettre bas.
Cette découverte tombe sous le sens de nos jours, où l’hygiène maladive qui règne dans nos hôpitaux ferait passer pour un guignol ce Semmelweis et sa découverte.
De la même manière qu’on trouve cette découverte ridicule de nos jours, le monde médical de l’époque ne s’est pas gêné pour disqualifier ce « génie bizarre » et ne pas croire à sa théorie.
« Quand le monde a raison, c’est bien doux d’avoir tort », disait Bernard Dimey. Semmelweis avait doucement tort.
Et Céline, quant à lui, nous livre un premier texte fort, où quelques passages, brefs toutefois, laissent entrevoir un bel avenir littéraire à ce jeune étudiant.
La première phrase en est un bel exemple : « Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur ».
Deux heures plus loin, vous ne pourrez pas dire que vous avez perdu votre temps. Comme c’est souvent le cas avec Céline.

