Les loges des livres

4 novembre 2008

Erasme, grandeur et décadence d’une idée

ErasmeOn ne soupçonne peut être pas assez quel génie littéraire était Stefan Zweig, auteur réputé pour ”Le joueur d’échecs”, ” La confusion des sentiments ”, ou encore ” Amok”. Mais on sait aussi qu’il avait de grands talents de biographe. Celle d’Amerigo Vespucci en est une preuve, celle d’Erasme en est l’évidence. Erasme que l’on connaît plus de nos jours à cause du système d’échanges étudiants européens ”Erasmus”, devient le temps d’une biographie, un être fascinant dans une époque fascinante. Véritable pont entre le XV° et le XVI° siècle, Erasme est trop souvent considéré comme un humaniste parmi les autres. Et pourtant, Zweig nous démontre au cours des 185 pages de sa biographie qu’Erasme n’était pas seulement un grand humaniste, mais un de ces précurseurs que le monde a eu la chance d’enfanter un jour. Un de ces hommes qui au-delà des connaissances, des croyances et des règles sociales, eu l’audace et le courage de proposer plus, de chercher plus, et de découvrir plus. Tel un Galilée ou un Léonard de Vinci, Erasme a marqué son temps et son époque comme nul autre. Homme de lettres averti, voyageur déconcertant, passionné incorrigible, Erasme fut un exemple d’érudition et de droiture pour des Spinoza ou des Voltaire qui ne niaient pas l’avoir comme père spirituel. Et Zweig dans tout ça ? Il faut savoir qu’à l’époque de la parution de cette biographie en 1935, l’Europe est confrontée aux montées des totalitarismes qui la mèneront vers la guerre. Le parallèle est clair : Zweig l’autrichien nous expose ses peurs et ses doutes à travers l’écriture de la vie de celui qui fut considéré comme le premier européen. Zweig nous apparaît ainsi, médiateur et visionnaire comme l’eut été son maître à penser, Erasme. Pas seulement une ode à un homme, cette biographie (comme toutes les biographies de Stefan Zweig) vise plus loin, cherche autre chose. Et trouve.

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