Les loges des livres

10 juillet 2009

Mort à crédit

Classé dans : Roman — marclamoureux @ 1:37
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Mort à créditIl aura fallu trois années au docteur Destouches, alias Louis Ferdinand Céline pour achever l’écriture de Mort à Crédit, troisième publication de l’auteur. Ce long roman, difficile d’accès, laborieux, mais toutefois irrésistible et léger, est une œuvre incontournable de Céline. Incontournable dans l’étude biographique de l’écrivain. Partant de son enfance, Céline nous raconte les événements de sa vie familiale, de son adolescence, de ses déboires innombrables et de ses péripéties rocambolesques. Car de la péripétie, on en trouve, du rocambolesque aussi ! Et de l’exagération ! N’en parlons pas ! Tant d’exagération nous fait rire, nous transporte. On rit beaucoup à la lecture de ce roman pourtant austère au demeurant. L’histoire n’a rien d’entrainant, d’excitant, elle se faufile au contraire dans les méandres des débuts du siècle dernier et en démontre les faits d’un quotidien rugueux. Du nid familial au « Génitrion », en passant par l’Angleterre et sa langue fastidieuse, le jeune Ferdinand nous fait découvrir la bassesse des hommes qu’il fréquente et les coups que le sort lui fait subir.

Ce long roman de Céline, que l’écrivain a interdit de lecture à sa mère, le place dans la lignée du Voyage au bout de la nuit et, malgré une critique frileuse, des grands écrivains français. Quoi qu’on en dise, Céline surclasse de loin les tristes parutions de notre début de XXI° siècle, tant ses histoires sont poussées, fouillées, auscultées… on comprend mieux les trois ans dont il aura eu besoin pour achever son deuxième roman. Une leçon peut être pour les Lévy, Musseau & co qui nous pondent un bouquin par week end…

7 février 2009

En avoir ou pas

CouvertureDe tous les romans écrits par Ernest Hemingway, nombreux sont les oubliés. « En avoir ou pas » fait partie de ce dysfonctionnement de notre mémoire, à tort.

L’histoire semble banale, sans grand intérêt. Harry, bonhomme sans passé, vit à Cuba avec son épouse, une putain respectable. Son boulot consiste à faire passer des types louches de l’autre côté de la baie, vers Miami et le rêve américain. A bord de son bateau, Harry voyage, seul ou entouré, sans transcendance aucune, tant pour lui que pour le lecteur.

Mes amis ! Quelle insulte au génie d’Ernest ! On se fout de sa gueule là ou quoi ? Pas transcendant ? Si dans toute l’histoire de la littérature on a pu jamais lister des écrivains audacieux, remueurs, transcendants, il ne fait aucun doute qu’Hemingway en fait partie. Les foutriquets des belles lettres ne nous en compterons pas fleurettes, lire Hemingway c’est haleter, suffoquer d’aventures, c’est vivre une expérience.

Or, « En avoir ou pas » fait partie de ses bouquins géniaux, ceux qui vous transportent sans que vous vous en rendiez compte.

Petit à petit, on glisse dans la vie d’Harry, et on se retrouve immergé complètement dans le banditisme côtier, dans la contre bande organisée. Génial.

Balancés entre les bistrots bruyants, enfumés, puant l’alcool et le rire salace, entre les docks du port et ses odeurs de poisson dégueulasses, ses putes échouées et vulgaires, on nage dans un ancien temps, un de ceux qu’on a pas connu et qu’on aurait tant voulu toucher de ses propres doigts. C’est ce que j’adore dans les bouquins d’Hemingway.  

Ca et autre chose.

Cette autre chose est cette humanité dévorante, débordante et vivante qui émane de ces œuvres. « Le vieil homme et la mer » est sans doute le meilleur exemple (voir article dans ce blog).

Mais « En avoir ou pas » n’est pas en reste d’humanité et de vie. On parle ici de courage. De vertu. De dépassement de soi. D’en avoir ou pas. Rassurez-vous mesdames, beaucoup d’entre vous en ont plus que certains balourds de ma connaissance.

 

Ode au courage et à la volonté, au combat que nous offre la vie, « En avoir ou pas » devrait être mis dans les mains de tous ces jeunes perdus dans leur matérialisme immuable, de tous ces fesses mathieux sans foi ni loi, et devrait même être proposé au collège. Cela aurait au moins le mérite de détourner notre jeunesse « nouvelles technologies » de ses écrans habituels, et lui donnerait un aperçu de ce qu’est la vie.

Du moins ce qu’était la vie, fut un temps. Exemple de courage et de foi, « En avoir ou pas » est un livre génial.

24 janvier 2009

Le Petit Prince

Antoine de Saint-ExupéryVoyez-vous ce bonhomme, seul, désespéré devant la carlingue de son avion, perdu en plein désert ? Antoine de Saint-Exupéry, aviateur et homme de lettres, eu une production littéraire en dehors des chemins traditionnels. Son livre le plus connu « Le Petit Prince » a été traduit dans 180 langues. On ne parle alors plus de succès, mais d’obus dans le monde littéraire. Les nombreuses adaptations, tant phonographiques que filmographiques, en attestent la véritable portée.

A travers l’histoire d’un petit garçon, l’auteur explore les bas fonds de l’âme humaine, la fouille, lui assène des critiques profondément ancrées en son sein. Plus d’un demi-siècle après sa parution, on ne peut que constater l’éternelle vérité qui se dégage de ce conte philosophique.

 

Le conte confère au lecteur un univers facilement accessible, qui le fait entrer dans les mots, et lui fait partager les rêves d’un auteur. Les mots du Petit Prince nous emmènent sur les 7 planètes qu’il visite, de la planète du roi en passant par celle du businessman ou de l’allumeur de réverbères, on découvre peu à peu les frasques des hommes, on rit et on s’attriste, finalement, que l’homme soit cet animal si peu réfléchi. Qu’on soit petit, jeune ou adulte, le Petit Prince s’impose à nos oreilles comme un rêve. Mais le découvrir petit, le redécouvrir jeune, et le comprendre adulte, c’est un rêve qui grandit, qui se forme et qui nourrit nos vies. Si nourrir sa vie est bien le but ultime de la littérature, rêver en est son chemin. Reprenons le chemin en relisant ce Petit Prince, redécouvrons l’espoir de notre humanité, redirigeons nous vers l’absolue beauté des rapports humains en relisant le chef d’œuvre de cet aviateur humaniste. Si vous avez déjà lu et relu cette leçon de vie, vous pourrez peut être découvrir le Petit Prince d’une autre manière ; l’actualité lui consacre en effet une bande dessinée, sous la plume avisée de Johan Sfar.

 

28 décembre 2008

Le rivage des Syrtes

Livres de J.GracqJulien Gracq est un écrivain à part. Ses livres le sont, évidemment, aussi. Celui qui nous intéresse aujourd’hui est son troisième roman « Le rivage des Syrtes ». Paru en 1951, aux éditions José Corti (son seul et unique éditeur, si l’on excepte Gallimard qui publia les œuvres de Julien Gracq dans la collection La Pléiade), ce roman eut la particularité de recevoir le prix Goncourt l’année de sa parution. Particularité non des moindres, puisque son auteur refusa le dit prix, ce qui était une première dans le monde confiné des prestigieux prix littéraires (le même monde confiné qui refusa de donner son obole au Voyage au bout de la nuit de Céline vingt ans plus tôt). Gracq avait pourtant prévenu et ce, avant même que son livre soit choisit.

Si on ne peut pas savoir véritablement les raisons qui ont poussé l’écrivain a refusé le fameux prix, on peut en revanche comprendre pourquoi les juges de ce dernier lui ont rendu cet hommage.

Car « Le rivage des Syrtes » est un roman fascinant, comme rarement il nous arrive d’en lire. L’auteur nous plonge dans l’irréalité de l’Histoire. Pas d’une histoire, mais de l’Histoire. Plus qu’un récit intemporel, « Le rivage des Syrtes » est un obus jeté à la face de notre imagination, et à notre Histoire commune.

Relayée par Aldo, un jeune notable de la capitale Orsenna, nous suivons la plume de l’auteur dans les méandres du désert des Syrtes, non loin des côtes mystérieuses du Farghestan, l’ennemi de toujours. L’indicible beauté des phrases n’a d’égal que la fluidité du style, qui, bien que chargé et dense, nous offre une formidable leçon de langue française.

Gracq nous fait sentir les odeurs des pièces qu’il pénètre, il nous fait voir les paysages des bords de mer, il nous aide à nous immiscer dans notre propre imaginaire lointain et profond.

Et, l’auteur décrivant lui-même son roman, nous lance une invitation à la rencontre de nos songes secrets : « J’aurais voulu qu’il ait la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l’orage, qui n’a aucun besoin de hausser le ton pour s’imposer, préparé qu’il est par une longue torpeur imperçue ». De loin, on entend le vent des Syrtes…

14 décembre 2008

Contes de l’Alhambra

Couverture

Quand la culture arabe rencontre les plaines d’Andalousie, un mythe apparait. Pour certains une légende, pour d’autres un rêve, le palais de l’Alhambra se dresse dans l’histoire espagnole moderne comme un symbole indestructible de l’expansion maure sur le vieux continent.

 

Construite sur les abords de la ville de Grenade, cette forteresse pouvait contenir une armée de 40 000 hommes, suffisant semble t-il pour assurer le contrôle impérial. Passée successivement entre les mains des rois maures et des souverains catholiques, l’Alhambra a notamment accueilli l’empereur Charles Quint où Philippe V d’Espagne.

Les anecdotes historiques pourraient ainsi se succéder dans cet ouvrage, conférant à ce palais une étude approfondie, et mettant par la même en lumière la grande aventure de notre histoire moderne et contemporaine. Et donnant encore au passage un livre intéressant.

 

Mais ne vous attendez pas à trouver cela dans ces « Contes de l’Alhambra » de Washington Irving. Vous n’y trouverez rien de semblable. Ce livre est un amas de descriptions qui s’alourdissent au fil des pages. Il n’en ressort rien de fantastique, si ce n’est l’incroyable impression de gâchis.

Que voulez vous, n’est pas Nicolas Bouvier qui veut. La preuve est faite qu’il faut être prudent en matière de littérature de voyage. Certaines impressions sont salement partagées. On s’emmerde rarement à ce point en littérature. Pardon pour ceux qui nourrissent une admiration sincère pour Washington Irving, mais il faut être honnête en matière de critique.

 

Quant à l’Alhambra, s’y rendre est encore la meilleure façon de découvrir ses mystères et de se représenter sa légende.

10 décembre 2008

Le téléscope de Rachid

CouvertureJe ne sais pas vous, mais j’ai la fâcheuse tendance à me faire avoir par les prouesses mercantiles des éditeurs d’aujourd’hui.

Je m’explique : une belle couverture, un papier au contact agréable, une 4° de couverture attirante… ajoutez à cela un titre pas mal et voilà comment on s’embarque avec un nouveau bouquin à classer sur les étagères de sa bibliothèque.

Vous vous souvenez peut être de la critique que ce blog a consacré à « La bibliothèque du géographe », navet amer, qui avait pointé les problèmes que titres alléchants et autres belles couvertures pouvaient conférer à la lecture d’un livre.

On pourrait penser que nous tiendrions les même propos pour ce livre de Jamal Mahjoub, tant de la couverture soignée (Actes Sud, collection Babel) au titre, son roman paraît aguicheur. Mais cela serait terriblement injuste pour Rachid al-Kenzy, le héros du roman.

En effet, nous partons au début du XVII° siècle, en Algérie, à Alger, où Rachid al-Kenzy, savant parmi les savants, né de l’union d’un riche marchand d’Alep et d’une esclave nubienne, est emprisonné pour meurtre. Nous viennent alors des myriades de senteurs, d’impressions, de rêves saisis d’orient à l’évocation de l’histoire de cet érudit à l’esprit aussi vif que les nuits du désert. On connait rapidement tout de la vie de Rachid, jusqu’au point où, par la magie des mots, on se prend nous même pour un savant d’Alger du début du XVII° siècle…

Oui mais voilà, le rêve ne dure pas. En effet apparait Hassan, un archéologue moderne, arborant une 4X4 bruyante et une allure d’explorateur cliché. Et c’est dommage. Ce renvoi dans le temps tombe mal. Il ne produit pas l’effet escompté. Au lieu de s’étonner de ce changement d’époque dont la trouvaille d’un coffret en cuir nous donne une fausse impression de mystère, le lien est rompu, brisé, fracturé. L’orient des temps anciens qui nous faisait rêver, les riches marchands de chevaux, les provinces lointaines du désert, les palais somptueux où les jours s’écoulent au rythme des brises du vent capricieux, cet orient mystérieux devient parcouru de 4X4 et d’archéologues mal rasés.

Dommage.

L’histoire, sinon, n’est pas si mauvaise, mais elle ne transcende pas. Elle devient compliquée à suivre, tant les lieux et les époques s’enchainent sans grande logique. On se retrouve dans une Europe du Nord peu accueillante, triste et morne, sans tellement en avoir envie, et surtout sans savoir pourquoi. Les premières pages étaient tellement prometteuses, qu’on est forcément déçu. Un beau conte oriental nous aurait suffit.

Et si vous croyez trouver quelque chose de métaphysique, de religieux, de scientifique comme une certaine quatrième de couverture voudrait bien nous le laisser entendre, n’y voyez rien de plus qu’une prouesse du service marketing…

9 décembre 2008

Semmelweis

Couverture

Avant de devenir l’écrivain décrié et adulé que l’on sait, Louis-Ferdinand Céline avait un autre travail : médecin. Le docteur Destouches (de son vrai nom) est moins connu que son double Céline. Alors pour ceux qui ne s’arrêtent pas aux critiques admises sur l’écrivain, il reste à découvrir beaucoup.

Comme cette thèse de doctorat présentée en 1924 à la faculté de médecine de Paris, parue sous le titre « Semmelweis ». Certes, ce texte reste comme étant l’un des premiers de l’auteur du « Voyage au bout de la nuit », ce qui lui confère une saveur toute particulière dans le paysage littéraire français. En effet, on ne lit pas Semmelweis par hasard. Il y a au moins deux raisons pour lire ce livre.

La première est que si l’on aime Céline, on découvrira dans ce texte de quoi satisfaire sa passion.

La seconde est que si l’on est passionné de médecine (disons médecin pour simplifier), il serait intéressant de ne pas passer à côté d’un homme comme ce Semmelweis.

Alors, me direz-vous, si l’on n’est pas médecin, si Céline nous laisse d’une indifférence sans pareille, qu’est ce que ce bouquin risque de nous apporter ?

Ma réponse serait celle-ci : rien de plus ni de moins qu’une autre lecture, si ce n’est qu’on suit avec attention les pas d’une médecine qui s’est construite dans une certaine douleur, et rien que ça, ça vaut le détour.

Car Semmelweis avait fait une découverte. Une découverte importante et qui allait révolutionner la médecine Hongroise et européenne de la fin du XIX° siècle. « La mortalité puerpérale, alors grande à cette époque, peut être fortement diminuée », nous dit Semmelweis, « voire stoppée, par… une désinfection soigneuse des mains avant attouchement ! ». Autrement dit, Semmelweis défendait l’idée que des mains propres chez le personnel soignant, réduisait considérablement les risques de mortalité chez la mère prête à mettre bas.

Cette découverte tombe sous le sens de nos jours, où l’hygiène maladive qui règne dans nos hôpitaux ferait passer pour un guignol ce Semmelweis et sa découverte.

De la même manière qu’on trouve cette découverte ridicule de nos jours, le monde médical de l’époque ne s’est pas gêné pour disqualifier ce « génie bizarre » et ne pas croire à sa théorie.

« Quand le monde a raison, c’est bien doux d’avoir tort », disait Bernard Dimey. Semmelweis avait doucement tort.

Et Céline, quant à lui, nous livre un premier texte fort, où quelques passages, brefs toutefois, laissent entrevoir un bel avenir littéraire à ce jeune étudiant.

La première phrase en est un bel exemple : « Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur ».

Deux heures plus loin, vous ne pourrez pas dire que vous avez perdu votre temps. Comme c’est souvent le cas avec Céline.

26 novembre 2008

On n’est pas là pour être ici…

Les "rapetous" à l'époque du Club Athlétique de Bègles Bordeaux …où le dictionnaire absurde du rugby. Franchement rugby. Et franchement absurde !

Serge Simon, médecin de son état, a transformé l’essai. Ce consultant sportif converti, s’est même lancé en politique peut être pour continuer de se comporter comme un « Rapetou »… Si Moscato et Grimbert, ses deux acolytes de la première ligne Béglaise des années 90, savaient ça…

Pour l’heure le pilier deux fois champion de France nous livre un petit condensé de ce que le rugby a de meilleur : la prose ! De la grande littérature nous attend dans ce dictionnaire paru aux éditions Prolongations. Des vestiaires aux tribunes en passant par les bords de touche et bien sur l’incontournable mêlée, tout est passé au crible avec une plume aiguisée comme un plaquage formidable.

C’est ainsi que l’on apprend, au détour d’une définition, que le pilier gauche est le « pilier le plus adroit de la mêlée » ou encore qu’un président de club est un « commerçant qui a été refusé au Rotary ».

Ces définitions d’une clairvoyance lumineuse ne manquent pas de nous faire rire, mais aussi de nous faire réfléchir. Voyez un peu : « Le Stade Toulousain est le club qui a inventé le concept des types qui ont inventé le concept des types qui ont inventé le rugby ». Simple, mais il fallait y penser.

Et la palme pour les Anglais, sans lesquels les moqueries autour du ballon ovale n’auraient pas de sens : «  Ce peuple visionnaire qui un jour eut le génie d’inventer le rugby, et la grandeur d’âme de l’offrir au reste de la planète. A ce titre, le monde entier lui est éternellement reconnaissant. Synonyme : Les rosbeefs. Exemple : Les Anglais faut les crever ! ».

Rappelez vous, on n’est pas là pour être ici, ce ne sont pas les Anglais qui vont nous contredire…

Les Emmurés

Mur près de JérusalemL’actualité ne cesse de nous le rappeler, le conflit Israélo-palestinien est devenu un inextricable sac de nœuds.

La présence des médias sur cette Terre Sainte si prisée, ne fait qu”accroître les tensions entre Israéliens et Palestiniens.

Mais comment y voir clair dans ce conflit dont on ne sait plus qui a commencé, ni quand, ni même pourquoi? Journaliste au Monde, Sylvain Cypel a vécu douze ans en Israël et y a effectué de nombreux reportages. Sa connaissance du terrain, des mentalités, de l’histoire, lui confèrent des atouts tout particuliers que l’on ne manque pas de noter à la lecture de ses ” Emmurés “.

Car il fallait quelqu’un d’averti, d’informé, de concerné pour la rédaction d’un tel ouvrage. En effet la complexité du conflit, le caractère exsangue de la situation, font que si l’on veut y comprendre quelque chose, il faut choisir le bon ouvrage. Aussi fallait-il tomber sur un livre objectif, instructif, ouvert et clair, ce qu’est “Les emmurés” de Sylvain Cypel.

Ce livre combine analyses, entretiens, témoignages, le tout sur fond d’étude du passé, de lecture du présent, d’ouverture sur l’avenir. Ce livre établit un portrait de la société Israélienne, lucide et saisissant, et montre comment ces derniers tentent de vivre sans faire cas de leur double, leur autre avec qui leur avenir est confondu, qu’ils le veuillent ou non. « Les emmurés » ne sont pas forcément ceux qu’on croit, vous l’aurez compris, et s’attarder quelque temps sur cet ouvrage que certains trouveront journalistique, d’autres sociopolitique, ne peut toutefois qu’aider à comprendre un peu mieux la complexité d’un tel conflit.

 

Quoi qu’il en soit, et qu’elles que soient les critiques à son égard, le livre de Sylvain Cypel est aujourd’hui l’un des plus performant et des plus clairs sur la situation Israélo-palestinienne.

20 novembre 2008

De sang froid

Truman CapoteL’idée de Truman Capote est simple, et surtout efficace et vendeuse. Partant d’un fait divers on ne peut plus sanglant et horrible (l’assassinat d’une famille du Kansas), l’auteur, relate les faits et gestes des meurtriers, qu’il a suivi dans leurs cellules avant leur exécution. Un nouveau style littéraire est né : le roman factuel, à mi chemin entre journalisme et littérature.

De l’acte en lui même jusqu’aux aveux, en passant par la cavalcade qu’entreprirent les deux meurtriers, Truman Capote nous livre une véritable enquête de journaliste à laquelle il inclut son style efficace de romancier. L’alchimie est simple, et le succès est retentissant. Le livre est un best seller aux Etats-Unis à sa sortie, et a tellement marqué les esprits que plusieurs films lui sont consacrés, dont celui en 2006 avec comme rôle titre Philip Seymour Hoffman, oscar du meilleur acteur.

N’ayez pas peur de vous plonger dans cette histoire de meurtre banal, car en réalité vous y trouverez plus qu’une banale enquête, et vous ne serez pas déçus.

 

Une dernière chose : ayez du sang froid pour entamer ce livre, laissez vos habituelles émotions à la porte car vous n’en aurez pas besoin pour connaître la triste vérité d’une histoire de meurtre aux Etats-Unis, dans les années cinquante.

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