Il aura fallu trois années au docteur Destouches, alias Louis Ferdinand Céline pour achever l’écriture de Mort à Crédit, troisième publication de l’auteur. Ce long roman, difficile d’accès, laborieux, mais toutefois irrésistible et léger, est une œuvre incontournable de Céline. Incontournable dans l’étude biographique de l’écrivain. Partant de son enfance, Céline nous raconte les événements de sa vie familiale, de son adolescence, de ses déboires innombrables et de ses péripéties rocambolesques. Car de la péripétie, on en trouve, du rocambolesque aussi ! Et de l’exagération ! N’en parlons pas ! Tant d’exagération nous fait rire, nous transporte. On rit beaucoup à la lecture de ce roman pourtant austère au demeurant. L’histoire n’a rien d’entrainant, d’excitant, elle se faufile au contraire dans les méandres des débuts du siècle dernier et en démontre les faits d’un quotidien rugueux. Du nid familial au « Génitrion », en passant par l’Angleterre et sa langue fastidieuse, le jeune Ferdinand nous fait découvrir la bassesse des hommes qu’il fréquente et les coups que le sort lui fait subir.
Ce long roman de Céline, que l’écrivain a interdit de lecture à sa mère, le place dans la lignée du Voyage au bout de la nuit et, malgré une critique frileuse, des grands écrivains français. Quoi qu’on en dise, Céline surclasse de loin les tristes parutions de notre début de XXI° siècle, tant ses histoires sont poussées, fouillées, auscultées… on comprend mieux les trois ans dont il aura eu besoin pour achever son deuxième roman. Une leçon peut être pour les Lévy, Musseau & co qui nous pondent un bouquin par week end…
De tous les romans écrits par Ernest Hemingway, nombreux sont les oubliés. « En avoir ou pas » fait partie de ce dysfonctionnement de notre mémoire, à tort.
Voyez-vous ce bonhomme, seul, désespéré devant la carlingue de son avion, perdu en plein désert ? Antoine de Saint-Exupéry, aviateur et homme de lettres, eu une production littéraire en dehors des chemins traditionnels. Son livre le plus connu « Le Petit Prince » a été traduit dans 180 langues. On ne parle alors plus de succès, mais d’obus dans le monde littéraire. Les nombreuses adaptations, tant phonographiques que filmographiques, en attestent la véritable portée.
Julien Gracq est un écrivain à part. Ses livres le sont, évidemment, aussi. Celui qui nous intéresse aujourd’hui est son troisième roman « Le rivage des Syrtes ». Paru en 1951, aux éditions José Corti (son seul et unique éditeur, si l’on excepte Gallimard qui publia les œuvres de Julien Gracq dans la collection La Pléiade), ce roman eut la particularité de recevoir le prix Goncourt l’année de sa parution. Particularité non des moindres, puisque son auteur refusa le dit prix, ce qui était une première dans le monde confiné des prestigieux prix littéraires (le même monde confiné qui refusa de donner son obole au Voyage au bout de la nuit de Céline vingt ans plus tôt). Gracq avait pourtant prévenu et ce, avant même que son livre soit choisit. 
Je ne sais pas vous, mais j’ai la fâcheuse tendance à me faire avoir par les prouesses mercantiles des éditeurs d’aujourd’hui. 


